Comment le système peut vous transformer en pion et vous faire passer à côté de vos rêves

Titre accrocheur et provocateur n’est-ce pas ? Pour répondre à cette épineuse question, je laisse la parole à Julien, du blog A job I love et par qui j’ai eu le plaisir d’être interviewé ici : Interview Charly par A job I Love

Julien, c’est à toi !

Comment le système vous transforme en pion ?

Comment le système peut vous transformer en pion et vous faire passer à côté de vos rêves

 « On pourrait presque en représenter un processus type ». C’est à nouveau cette remarque que je venais de donner à une de mes lectrices m’ayant contacté pour me faire part de ses interrogations professionnelles.

 

Comment nous en sommes arrivés là ?

Cette jeune femme m’expliquait en effet qu’elle est en ce moment même à une étape de sa vie où elle se rend compte qu’elle n’est plus faite pour le métier auquel elle s’était destinée. Rien d’extraordinaire me direz-vous, une telle situation peut très bien arriver après quelques années d’expérience professionnelle. Cependant, rien de tout cela ici. La jeune femme en question vient en effet tout juste de finir ses études supérieures de commerce et de mettre le pied sur le marché du travail depuis quelques mois seulement. Notre discussion avançant, elle posa alors la question suivante sur la table: « Comment se peut-il que j’ai pu choisir et suivre des études et une formation, qui en fait ne correspond pas du tout à ce que je veux faire de ma vie ? ». Patatras tout était dit… La question est effectivement légitime : comment le système peut-il mener à une divergence (parfois abyssale) entre choix d’études et intérêts personnels, malgré les nombreux garde-fous déjà en place pour en prévenir (e.g. conseillers d’orientation, CIO, forums, stage, etc.) ? Et surtout, comment remédier à ce problème ?

Je lui donnai alors ma réponse sous une forme simple et graphique, basée sur quelques études récentes, ma propre expérience, et surtout des échanges que j’ai pu avoir avec plusieurs lecteurs de mon blog A Job I Love m’ayant contacté. Je vous propose aujourd’hui de prendre part à notre discussion…

 

Ce que disent les chiffres…

Une récente étude de l’APEC publiée en Septembre dernier montrait que 89% des jeunes diplômés sont globalement satisfaits de leur emploi. Les jeunes diplômés attribuent en effet en moyenne une note de 4,1 sur 5 lorsqu’on leur demande d’évaluer leur satisfaction dans leur poste.

Parallèlement à cela, une étude Ipsos publiée en novembre 2012 montre que 72% des cadres ayant vécu une reconversion professionnelle l’ont fait par choix délibéré. L’étude décrit également les différents facteurs qui motivent à une reconversion professionnelle. Les plus importants étant tout d’abord la volonté d’obtenir un plus grand épanouissement professionnel, vient ensuite le fait d’avoir un meilleur équilibre de vie professionnelle/privée, et enfin pour obtenir une meilleure rémunération.

On observe donc bien qu’une majorité des futurs cadres entrent dans la vie active en étant complètement satisfaits de leur choix de cursus. Alors que paradoxalement quelques années plus tard, une partie d’entre eux fait le choix de changer de métier et de voie pour mieux se réaliser professionnellement.

Le système actuel est donc capable pour certains de leur faire choisir, suivre, et financer des études menant à un emploi à première vue satisfaisant, mais qui en fait ne les épanoui plus du tout après quelques années. Nombreux sont en effet les témoignages de cadres devenus d’après eux de véritables « pions » de bureau, malheureux, et voués au gré des crises économiques et des réorganisations d’entreprise

Regardons maintenant de plus près comment le système est fait de telle manière que l’on puisse en arriver là.

 

Le (grand méchant) processus

Comme je l’expliquai à mon interlocutrice, le processus aboutissant à une divergence entre choix d’études et intérêts personnels peut à mon sens être représenté sous la forme graphique suivante :

Processus de divergence Ajobilove

Le processus se compose des trois étapes principales menant du choix d’orientation à la prise réelle de poste sur le marché du travail: collège, lycée & études supérieures, et vie active. Voyons maintenant plus en détails chacune de ces étapes pour bien comprendre le problème.

 

Collège

C’est lors de cette première étape que les élèves d’environ 11 à 14 ans vont découvrir ou approfondir leurs connaissances quant aux différents métiers et disciplines existants. Les sources d’information à disposition pouvant très bien être par exemple la famille, les amis, internet, ou encore leurs expériences personnelles. Point intéressant ici, les élèves réaliseront un stage de courte durée en classe de troisième qui pourra leur ouvrir les yeux sur le milieu professionnel. A la fin du collège, il est demandé aux élèves de choisir leur orientation entre une voie générale, technique, ou professionnelle.

Le premier problème que l’on peut identifier à ce stade du processus est que le choix d’orientation des filles et garçons est avant tout réalisé par l’institution scolaire, basé sur la concordance entre le choix de la famille et les capacités scolaires de l’élève. En aucun cas le choix d’orientation ne prend en compte en priorité les goûts et envies profondes du jeune concernant son futur métier. Ce qui à mon avis est une erreur. Car une fois plus âgée et intégrée dans le milieu professionnel, ce que cherche généralement toute personne est justement d’avoir un emploi en accord avec ses passions. C’est-à-dire typiquement, un emploi en lien avec ce qu’elle adorait faire et ce qui la faisait rêver étant plus jeune.

On remarque en effet dans les témoignages de cadres s’étant reconvertis professionnellement que l’envie d’avoir un objectif final motivant, de vivre ses passions et ses rêves de toujours, sont des éléments ayant grandement contribué à leur désir de changement.

 

Lycée & études supérieures

Seconde phase du processus, le lycée et les études supérieures lors desquels le choix d’orientation est décisif. Même si bien heureusement une majeure partie des jeunes sortent satisfaits de leurs études, on peut détecter deux principales faiblesses pouvant mener plus tard à une divergence entre intérêts personnels et profession :

La première, c’est qu’ici encore le choix des études est principalement prescrit par les parents et non pas par l’élève lui-même. C’est ce que montre par exemple clairement une étude de la CDEFI de 2009 sur la motivation des élèves ingénieurs dans leur choix d’études. Des parents cadres auront en effet tendance à privilégier un cursus scientifique pour leur enfant, sous prétexte que ce dernier est bon en science et parce qu’avant tout ce sont eux qui assurent le financement des études.

Seconde faiblesse (que montre d’ailleurs également l’étude de la CDEFI): très souvent les lycéens et étudiants n’ont aucune une idée claire du futur métier auquel ils se destinent, de son environnement, et de ce qu’il implique. Beaucoup d’entre eux ne savent pas si la profession qu’ils visent leur correspond vraiment en finalité. Quel jeune en effet à cette phase du processus est conscient de l’importance des valeurs que l’on doit trouver dans un métier ? De l’épanouissement personnel auquel le poste doit contribuer ? Qu’une rémunération peut pour certains ne pas être le plus important des critères ? Que la vie d’un cadre aujourd’hui est bien loin du long et serein parcours qu’ont pu vivre certains cadres des générations précédentes ? Comme je le soulignai à mon interlocutrice, et même si je suis satisfait de ma situation actuelle, je n’ai pour ma part pas eu l’occasion de recevoir un retour d’expérience positif ou négatif de la part de « vrais » cadres  lors de ma scolarité. Par manque de maturité, je n’aurais peut-être pas été en mesure de comprendre leur message dans sa globalité. Mais au moins, cela aurait eu le mérite de m’avoir été communiqué.

 

THE vie active

Vient ensuite la dernière étape du processus : l’entrée et la poursuite dans la vie active.

Ici c’est très simple, deux cas peuvent se présenter :

1) Au final les personnes sont contentes et épanouies de leur choix d’études et de métier.

2) Au contraire, les gens ne sont épanouis à la suite du cursus qu’ils ont choisi. Certains s’en contentent, alors que d’autres prennent les initiatives nécessaires pour améliorer leur situation (e.g. reconversion professionnelle).

Pour certains se retrouvant dans le derniers cas, c’est souvent la douloureuse prise de conscience que le système les a transformé en pion. En petit soldat ayant pourtant suivi assidument ce que le système et leurs parents leur ont conseillé de faire et de choisir. Mais, soldat qui malheureusement se retrouve être bien loin de ses passions, de ses rêves d’enfants, et surtout d’être heureux huit à dix heures chaque jour de sa vie. Bien heureusement des solutions existent pour éviter au mieux cette situation, et c’est ce que nous allons voir maintenant dans la dernière partie.

 

Ok mais quelle solutions alors ?

« Toutes ces études pour ça… » conclut mon interlocutrice. Effectivement on pourrait dire cela. Cependant bien heureusement pour de nombreuses personnes, le système scolaire et d’orientation actuel fonctionne très bien et les mène à un emploi qu’il leur plaît. Pour les autres, on pourrait davantage réfléchir aux solutions suivantes pour éviter des divergences notables entre épanouissement personnel et métier exercé au final :

  • Informer davantage les élèves et les parents depuis le collège, sur ce que sont réellement les métiers, leur forme au quotidien, leur environnement, et leur contenu. Idem pendant le lycée et les études supérieures. L’étude de la CDEFI montre par exemple qu’à la question « Pensez-vous avoir suffisamment d’information sur le métier d’ingénieur ? », 63 % des élèves-ingénieurs répondent « non » (pour 37 % de « oui »).
  • Faire davantage partager le retour d’expérience de ceux qui ont déjà réalisé les choses que d’autres s’apprêtent à faire. Pour ma part, avant d’être cadre en grande entreprise, de bien gagner ma vie, et d’être maintenant propriétaire de biens immobiliers à seulement trente ans en partant de rien ; j’ai toujours écouté en priorité des professionnels, cadres, entrepreneurs qui avaient réalisé ce que je m’apprêtais à faire. Ce sont les meilleurs conseils que l’on puisse avoir.
  • Insister sur le fait qu’il est important de se connaitre soi-même, de prêter attention à ce qui nous fait rêver dès le plus jeune âge. Je comprends qu’orienter son enfant dans un domaine où il excelle puisse être la logique à suivre pour la plupart des parents. Cependant, il faut garder à l’esprit que l’on peut être très bon dans quelque chose qui ne nous fait pas rêver du tout.
  • Et surtout : expérimenter, tester, voyager, s’imprégner, et ne pas hésiter à sortir du cadre et à penser autrement que les autres. Ne pas se fixer d’aprioris à tout âge sur des métiers ou des voies possibles. Car comme le dirait une personne qui quant à elle est sortie du cadre et est devenue millionnaire : « Mille fois on a l’occasion de se dire qu’on n’est pas sur la bonne voie, mais il faut rester dessus car tout peut marcher dès lors qu’on y croit ».

A très bientôt !

Julien

 

julien-ajobilove

Julien est diplômé ingénieur et auteur du blog A Job I Love sur lequel il aide les cadres et les et les professionnels à résoudre leur problèmes de travail. Du CAP à cadre dirigeant en passant par l’international, son parcours atypique permet de proposer gratuitement sur son blog des conseils et outils éprouvés. Vous pouvez le contacter à ajobilove@gmail.com

 

Sources utilisées dans cet article :

– Etude Septembre 2013 APEC sur « Les jeunes diplômés de 2012 : situation professionnelle en 2013 ». http://cadres.apec.fr/Emploi/Marche-Emploi/Enquetes-Apec/Enquetes-2013/Les-jeunes-diplomes-de-2012-situation-professionnelle-en-2013/L-acces-a-l-emploi-des-jeunes-diplomes-depend-fortement-de-leur-profil

– Etude Ipsos pour l’Afpa, publiée le 19 novembre 2012 : « Reconversion professionnelle, la fin des idées reçues ». http://www.afpa.fr/l-afpa/espace-presse/espace-presse details/article/reconversion-professionnelle-la-fin-des-idees-recues-82-des-francais-lenvisagent-en-cas-d.html

– Note d’information 2007 Ministère Education Nationale. 02-12 Avril : « Filles et garçons face à l‘orientation ». ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/dpd/ni0212.pdf

– Article Le Figaro Septembre 2013 « Ces cadres qui ont tenté la reconversion professionnelle ». http://www.lefigaro.fr/emploi/2013/09/25/09005-20130925ARTFIG00494-ces-cadres-qui-ont-tente-la-reconversion-professionnelle.php

– Etude CDEFI Septembre 2009 « La motivation des élèves ingénieurs dans leur choix d’études ». www.cdefi.fr

 

 

 

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2 réactions à Comment le système peut vous transformer en pion et vous faire passer à côté de vos rêves

  1. Lesire a écrit:

    Bonjour,

    Peut-on vous contacter pour vous parler de ma petite personne frigorifiée dans le tumulte de la vie?

    J’arriverai peut être à trouver des réponses à mes questions à votre contact.

    Lilou

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